Dans un territoire rural marqué par le vieillissement et la dispersion géographique, les Ateliers Nomades ont lancé le projet Racines, une démarche de collecte de mémoire et de transmission intergénérationnelle
Trois ans de rencontres, de savoirs partagés et d’un lien social reconstruit au cœur de l’Arroux-Mesvrin.
Sur les quelque 5 000 habitants que compte le bassin de vie de l’Arroux-Mesvrin, en Saône-et-Loire, le vieillissement est une réalité prégnante. Dans plusieurs villages, le taux de ménages vivant seuls dépasse la moyenne régionale, et les structures de proximité peinent à identifier les personnes les plus éloignées de tout lien social. Sur ces territoires ruraux dispersés, l’isolement des personnes âgées autonomes prend des formes insidieuses : absence de déplacements, perte de contacts, retrait progressif de la vie collective.
C’est dans ce contexte que les Ateliers Nomades, association titulaire d’un agrément d’Espace de vie sociale (EVS) de la CAF, ont imaginé une réponse aussi originale que profondément humaine : s’appuyer sur les savoirs et la mémoire des anciens pour aller à leur rencontre, libérer leur parole et les réinscrire dans une dynamique collective durable.

Lancé en 2023 avec le soutien de Kalivi dans le cadre de l’appel à projets « Porteurs de Liens », le projet Racines poursuit trois ambitions complémentaires :
L’originalité du projet réside dans son approche : ce ne sont pas les seniors qui viennent à un dispositif, c’est le projet qui va à eux, dans leurs villages, à leur rythme. Le jardin, la cuisine de grand-mère, les remèdes maison, les astuces pour économiser l’énergie : autant de fils conducteurs qui, naturellement, relient les générations et brisent la solitude.
Dès 2023, l’équipe des Ateliers Nomades s’est mise en mouvement sur le territoire. En s’appuyant sur les professionnels de santé, les élus locaux et le bouche-à-oreille, elle a progressivement identifié et approché les seniors les plus éloignés des circuits associatifs traditionnels.
Ce sont ainsi 57 personnes (dont 26 % âgées de plus de 91 ans) qui ont été rencontrées lors de cycles d’entretiens collectifs, menés par petits groupes de 3 à 7 participants. Les échanges ont porté sur les pratiques d’autrefois : alimentation, modes de chauffage, astuces santé, gestion du foyer, loisirs d’une époque révolue… Des thèmes qui ont immédiatement suscité l’adhésion et libéré une parole longtemps retenue.
En parallèle, 26 ateliers-tests intergénérationnels ont permis de mettre en pratique les recettes et savoir-faire recueillis, cuisine, textiles, plantes, arts ménagers, pour 117 participations au total. La première Journée des savoir-faire, le 15 décembre 2023, a rassemblé plus de 60 personnes autour d’une restitution participative, d’ateliers d’artisanat et de recettes du terroir, posant les fondations d’une communauté naissante.

Fort de ces premiers succès, le projet a pris une nouvelle dimension en 2024 avec l’ouverture de La Barouche, un local dédié à Étang-sur-Arroux, inauguré en septembre. Cet espace est rapidement devenu un lieu repère dans une commune où les activités pouvaient manquer : deux rendez-vous réguliers y ont été instaurés, les cafés-papote et les ateliers de recettes, véritables rendez-vous hebdomadaires de convivialité et de transmission.
À Mesvres, des cafés-souvenirs ont également été lancés, avec transport des participants depuis leur domicile — une attention qui traduit bien l’esprit du projet : aller chercher les plus fragiles là où ils sont, pour les ramener dans le collectif.
Au total, 62 ateliers-tests ont été conduits en 2024, sur des thèmes aussi variés que la broderie, la teinture végétale, la forêt ou les éco-gestes d’hier à aujourd’hui. Ces moments partagés ont tissé des liens qui, pour beaucoup de participants, se sont prolongés bien au-delà du cadre de l’atelier.
La troisième année a été celle de la valorisation et du rayonnement. L’ensemble des témoignages collectés depuis 2023 a été restitué sous plusieurs formats complémentaires :

Ce festival a réuni 220 visiteurs de toutes générations autour de démonstrations de forge, de tissage, de fabrication de savons artisanaux, de musique traditionnelle et de nombreuses animations. 26 seniors bénévoles, âgés de 63 à 93 ans, s’y sont pleinement impliqués dans la préparation et l’animation, aux côtés de jeunes bénévoles.
Au terme de trois années, le bilan du projet Racines dépasse largement les objectifs. 44 aînés engagés au long cours et 320 personnes accueillies sur les temps forts de 2025.
Surtout, une commission de développement social local consacrée au « bien vieillir sur l’Arroux-Mesvrin » a tenu sa première réunion en 2025, à l’initiative des Ateliers Nomades, réunissant élus, acteurs médico-sociaux et associations autour de pistes d’actions concrètes.
Les seniors, eux, ne sont plus seulement bénéficiaires d’un dispositif : ils en sont les co-organisateurs, les acteurs et les animateurs,. Une deuxième édition du Festival des savoir-faire est d’ores et déjà plébiscitée pour 2027, avec un comité d’organisation constitué en amont par les aînés eux-mêmes.
En soutenant le projet Racines dans le cadre de l’appel à projets « Porteurs de Liens », Kalivi a contribué à l’émergence d’une initiative qui répond avec justesse aux défis de l’isolement social des seniors en milieu rural. Ce soutien a permis à une association locale d’innover dans ses méthodes, d’aller vers les plus fragiles avec persévérance, et de construire des dynamiques collectives qui perdurent au-delà du projet.
Le projet Racines illustre pleinement la vocation de Kalivi : lutter contre l’isolement des personnes âgées, c’est avant tout créer les conditions d’une rencontre entre les habitants d’un territoire.