Les 4 saisons au Malsaucy : quand la photographie aide les seniors à sortir de l’isolement

À Belfort, le projet Les 4 saisons au Malsaucy, porté par Amaelles – Domicile 90 avec le soutien de Kalivi, a réuni pendant plusieurs mois des seniors isolés autour de balades photo. Une aventure collective qui a fait naître bien plus qu’une exposition : du lien, de l’élan et une nouvelle envie d’aller vers les autres.

Un projet photo pour lutter contre l’isolement des seniors dans le Territoire de Belfort

L’isolement social des personnes âgées est souvent silencieux. Il s’installe progressivement, au fil des pertes, des fragilités, des changements de rythme de vie ou de la diminution des déplacements. Dans le Territoire de Belfort, cette réalité est bien présente : la part des personnes âgées vivant seules à domicile y est légèrement supérieure à la moyenne nationale, et près d’une personne de 75 ans ou plus sur deux vit seule chez elle. Ce contexte rend d’autant plus précieux les projets qui redonnent l’envie de sortir, de rencontrer d’autres personnes et de reprendre une place active dans la vie collective.
C’est précisément dans cette logique qu’est né Les 4 saisons au Malsaucy, un projet porté par Amaelles – Domicile 90, à Belfort, dans le cadre de l’appel à projets soutenu par Kalivi pour lutter contre l’isolement social des seniors. À travers cette action, l’objectif était de proposer à des personnes de plus de 60 ans, isolées mais autonomes, une activité régulière, accessible et porteuse de sens, mêlant à la fois marche, photographie, convivialité et expression personnelle.

Au départ, une idée simple : marcher, observer, photographier, partager

Le principe du projet reposait sur une formule efficace : une balade photo par mois, autour des étangs de la presqu’île du Malsaucy, site naturel emblématique situé au nord de Belfort. Ce lieu, bien connu dans le territoire, offre un cadre propice à l’observation, à la contemplation et à la redécouverte de l’environnement au fil des saisons. Le projet a ainsi invité les participants à porter un regard attentif sur les paysages, les détails, la lumière, la faune, la flore, mais aussi sur ce que ces sorties faisaient naître en eux. Le Malsaucy, qui a servi de décor et de fil rouge à cette action, a accueilli tout au long de l’année ces temps de marche et de création.

 

Au total, 11 seniors isolés ont participé au projet : 6 hommes et 5 femmes, âgés de 60 à 79 ans, tous retraités autonomes. Ils vivaient sur les communes du Grand Belfort et de la Communauté de communes des Vosges du Sud. Tous ne se connaissaient pas au départ. Certains avaient déjà croisé Amaelles dans le cadre d’autres actions collectives, d’autres avaient découvert l’initiative par le bouche-à-oreille, par le réseau local ou par une information diffusée dans le territoire.

 

Dès les premières séances, la régularité des rendez-vous a posé un cadre rassurant. Une marche d’environ 3 kilomètres, accessible, pensée pour permettre à chacun de participer sans difficulté. Puis, après l’effort, un temps de pause, de collation, de débriefing, de partage des images prises et des impressions du jour. Très vite, la photographie est devenue plus qu’une activité : un support de conversation, un prétexte à l’échange, un terrain de découverte commune.

Quand le groupe se forme, les liens sociaux se retissent

Au fil des mois, les participants se sont appropriés l’activité. Ils ne sont pas restés simples bénéficiaires : ils sont devenus acteurs du projet. Certains ont pris part à l’organisation, d’autres se sont impliqués dans les choix artistiques, les échanges autour des prises de vue, la présélection des clichés ou la préparation de la restitution finale. Entre les rencontres, un groupe WhatsApp a prolongé les liens noués sur le terrain. On y partageait des photos, bien sûr, mais aussi des messages, des réactions, des nouvelles. Autrement dit : la relation ne s’arrêtait pas à la fin de la balade.

 

Une participante, plus à l’aise avec la peinture qu’avec l’appareil photo, a même trouvé dans le projet sa propre manière de contribuer. Elle a choisi de réaliser une illustration pour chacune des saisons, venue compléter l’exposition finale. Durant cette action, chacun pouvait entrer dans le projet avec ses compétences, sa sensibilité et sa façon de s’exprimer.

 

Les effets observés par la structure sont d’ailleurs très parlants. Tout au long de l’action, il a été constaté que les participants avaient noué des relations entre eux, se sentaient moins seuls, sortaient davantage, semblaient avoir un meilleur moral, prenaient plus d’initiatives et osaient davantage prendre la parole. Plusieurs ont également exprimé l’envie de s’impliquer par la suite dans d’autres activités collectives. À travers une proposition simple, le projet a donc permis bien plus qu’une parenthèse agréable : il a recréé du mouvement dans des parcours de vie parfois marqués par le repli.

De la balade à l’exposition : une évolution progressive et très réussie

L’un des grands atouts de Les 4 saisons au Malsaucy tient à la façon dont le projet a évolué dans le temps. L’idée initiale n’était pas seulement de faire marcher et photographier un groupe, mais de leur permettre d’aller jusqu’au bout d’une aventure collective, avec un rendu final valorisant.

 

Pendant près d’un an, les sorties ont permis d’accumuler des images, des souvenirs, des habitudes, des complicités. Puis est venu le temps de trier, de choisir, de discuter, de mettre en forme. Ce travail a donné naissance à un livret photo retraçant l’expérience du groupe, ainsi qu’à une exposition composée d’une sélection de clichés réalisés par les participants. L’exposition présentée à Belfort a réuni 19 panneaux, dont 17 consacrés aux photographies, en mettant en valeur les paysages du Malsaucy au fil des saisons ainsi que plusieurs images liées à la vidange du plan d’eau. Le projet a d’abord été présenté à l’Hôtel du Département du Territoire de Belfort, avant de poursuivre sa vie dans d’autres lieux d’accueil.

 

Cette restitution a offert au groupe une véritable reconnaissance publique. Les participants n’étaient plus seulement des personnes venues marcher ou passer un bon moment, ils devenaient les auteurs d’un regard, les témoins sensibles d’un territoire, les porteurs d’une création collective. Le vernissage, les panneaux exposés, le livret, la circulation du projet dans plusieurs lieux… Tout cela a contribué à rendre visible ce qui s’était construit, pas à pas, pendant des mois.

Une aventure humaine qui laisse une trace durable

Lors de la visite de l’exposition par Kalivi, le 19 juin 2026, aux côtés du directeur d’Amaelles – Domicile 90, Philippe Weber, et de l’un des participants, il est apparu très clairement que ce projet avait laissé une empreinte profonde.

 

L’un des participants, Hubert, a expliqué que cette action lui avait permis de retrouver le goût de sortir et de reprendre la photographie après une période de renfermement liée à la maladie. Ce type de retour, très concret, dit avec beaucoup de force ce que des indicateurs seuls ne peuvent pas traduire pleinement.

 

C’est aussi ce qui rend ce projet particulièrement exemplaire, car il a proposé une expérience complète, fondée sur la confiance, la régularité, la beauté du cadre naturel, la liberté d’expression et la convivialité. En cela, il illustre parfaitement ce que peut produire un accompagnement de qualité lorsqu’il est porté par une structure investie, bien ancrée dans son territoire, capable d’identifier les personnes les plus exposées à l’isolement et de construire avec elles une réponse à la fois simple et sensible.

Quand le soutien de Kalivi prend corps sur le terrain

À travers Les 4 saisons au Malsaucy, on voit concrètement comment le soutien de Kalivi se traduit sur le terrain : non pas seulement par un financement, mais par la possibilité donnée à des structures engagées de faire émerger des projets qui changent réellement le quotidien des personnes âgées.

 

Le travail mené par Amaelles – Domicile 90, avec ses partenaires locaux, a permis de transformer une intuition en une aventure collective qui débute avec le repérage des participants, qui passe ensuite par l’animation des marches, la dynamique de groupe à la création artistique, jusqu’à une exposition ouverte au public.

 

Dans un contexte où la solitude fragilise durablement la santé, le moral et l’autonomie des seniors, soutenir ce type d’initiative, c’est soutenir le plaisir d’agir ensemble, et parfois même, comme ici, le retour à soi par le regard porté sur le monde.

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